Rippling

Publié le 24 Mars 2021

« Il n’est pas facile de vivre chaque instant en étant pleinement conscient de la mort. C’est comme si vous cherchiez à regarder le soleil en face. »

 Yalom  Irvin, dans « Le Jardin d’Epicure »

 

De même, il m'est impossible de vivre chaque instant en étant pleinement consciente de la mort de ma fille.

 

Dans son livre, le professeur de psychiatrie Yalom Irvin définit la notion de Rippling  comme particulièrement efficace pour contrer la détresse face à la mort. Le Rippling, c’est un effet de rayonnement, à l’image de ce que chacun d’entre nous produit :

« des cercles d’influence concentriques qui peuvent affecter les autres pendant des années, voire des générations. Dans la réalité, l’effet que nous produisons sur certaines personnes se transmet à son tour à autrui, un peu comme les ondulations à la surface d’un lac se propagent sans fin. »

 

L’idée de transmettre quelque chose d’Hélène est un prolongement indispensable à sa trop courte vie. Et je n’ai pas eu à faire beaucoup d’efforts pour témoigner de ces cercles concentriques. 

Pas plus tard qu’hier, lorsque qu’un SMS est venu ricocher à la surface d’une journée de travail, au beau milieu de ma salle de classe...

Je les ai vus, ces fameux cercles concentriques, onduler jusqu’à moi.

Je les ai sentis m’effleurer, ces échos, bien familiers ; cette petite voix tranquille et douce.

Je l’ai senti, ce sourire, accentué par deux belles fossettes, posé sur moi.

 

Car, dans l’épicentre de ces ondulations, il y avait Hélène.

 

En septembre 2018, Hélène s’orientait en ICAS . Elle prenait la direction de l’université de Lille 3.

Nous avons passé une partie des vacances d’été dans le Nord, à découvrir la région, pour lui trouver un logement et la familiariser avec son nouveau milieu. Nous avons découvert Villeneuve d'Ascq et 

et bien sûr, sa bibliothèque. Nous fouinions, découvrions la ville et bien sûr, son histoire.

Impossible d’ignorer alors le « massacre de Villeneuve d’Ascq ».

Munie de sa carte de médiathèque toute neuve, à ma demande, Hélène empruntait le livre de Jacqueline Duhem.

Parallèlement, ses cours débutaient à l’université et elle faisait deux belles rencontres : Agathe puis Margot, étudiantes à Lille. Une belle amitié naissait.

                                   

​​

 

 

Septembre 2020.

Margot écrivait dans son blog sa douleur, au sujet d’Hélène, et tentait de réconforter Agathe en lui conseillant la lecture d’un livre de Sorj Chalandon :  « Une promesse ».

 Intriguée par son article, je décidais à mon tour de découvrir cet auteur.

Je me rendais à la médiathèque. Ne trouvant pas « La promesse », je me rabattais sur un autre de ses romans : « La légende de nos pères ».

 

Ondes de choc : j’ai eu la prétention de penser que ce livre avait été écrit par quelqu’un qui me connaissait tant les coïncidences entre la vie d’Hélène et la mienne y sont nombreuses. Les personnages principaux vivent à Lille, utilisent les mêmes diminutifs, évoquent à bien des reprises le massacre de Villeneuve d’Ascq …

Effet boomerang : au tour de Margot d’être secouée; "Ascq 1944", un livre sur lequel Margot a justement travaillé lors d’un stage cet été.

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A l’autre bout de la France, le long de l’Atlantique, Valérie suivait,  épatée,  les divers rebonds et  ricochets entre Chalandon, Margot et moi-même avec pour unique trame de fond, Hélène.

Elle pousse alors la porte d’une librairie, bien décidée à acheter cette fameuse « promesse » de Chalandon : une onde violente secoue la libraire qui part dans l'éloge de l'œuvre d'un « auteur préféré ». Celui qui lui a fait verser sa première larme de lectrice.

Et Valérie ressort de la boutique avec plusieurs ouvrages de Chalandon dont, « La légende de nos pères », dans lequel elle se plonge.

Elle ressort, moulue de ce bain à remous, tant les ondes s’y entrechoquent.

Puis, elle traverse une partie de l’hexagone pour retrouver sa mère à Paris.

Betty, sa mère, étonnement d’origine Lilloise...

Elles discutent, parlent du roman de Chalandon, de la légende de nos pères, de Lille, de Villeneuve d’Ascq.

Nouvelles ondes…qui se propagent…de Paris à St Michel-sur-orge, au fond d’un salle de classe, sur l’étagère d’une bibliothèque d'où mon téléphone vibre :

Le message de Valérie vient d’arriver : 

 «Tu dois être en pause déjeuner, alors, voici une petite pensée  sur les cercles concentriques  qu’Hélène nous donne à découvrir :

Arthur Brettemieux fait partie des victimes du massacre d’Ascq. Ma grand-mère de Lille a fait le ménage chez lui, dans sa maison. Elle s’est occupée du « Monsieur » qui avait l’usage de la parole, mais pas de ses jambes. Maman l’a remplacée une journée car ma grand-mère était malade et devait veiller sur cet homme une après-midi. Elle devait avoir 13 ans.

La femme de M. Brettemieux était professeure de piano. Pendant qu’elle donnait ses cours chez elle, elle avait besoin qu’on veille sur son mari »

 

Betty et valérie ont dû parler longtemps de ce passé venu résonner ce mardi 23 mars 2021.

Mais, Hélène avait de l’énergie à revendre et la surface n’a pas fini de s’agiter…Les ondes continuent de se propager.

Car Betty, du haut de sa tour dans le XIXème arrondissement parisien, est allée frapper chez sa voisine, Eliane.

Elle aussi vient du Nord.

Elle aussi a vécu à Lille.

Et ça continue, encore , encore….

Puisqu’en quittant sa mère pour retrouver les Charentes, Valérie lui a offert « La promesse », lui donnant  pour mission  de le lui raconter et d’en parler.

 

Mama Show

Rédigé par latitevadrouille

Publié dans #Des signes

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